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Histoire de la Vallée de l'Alcantara : des Grecs à nos jours

Une histoire longue de 3 000 ans de la Vallée de l'Alcantara : les Grecs de Naxos, l'origine arabe du nom, les cubes byzantines, les châteaux normands et souabes, les villages médiévaux et l'institution du Parc Fluvial en 2001.

Vidéo : histoire et géologie en 2 minutes

Infos clés

Toponyme
Du nom arabe al-Qanṭara, 'le pont'
Première fondation grecque
Naxos (734 av. J.-C.) à l'embouchure
Cubes byzantines
Vᵉ-VIIIᵉ siècle, moines basiliens
Parc Fluvial
Institué en 2001
Vue historique du fleuve Alcantara dans une photographie de Giovanni Crupi (début du XXe siècle)

Trois millénaires dans une vallée

La Vallée de l’Alcantara est l’un de ces lieux de la Sicile où la stratification historique n’est pas une métaphore : c’est un fait matériel. De l’embouchure à la haute vallée, les mêmes espaces ont été grecs, romains, byzantins, arabes, normands, souabes, aragonais et finalement italiens. Chaque domination a laissé des traces concrètes, un pont, un château, une cube, un toponyme, qui coexistent aujourd’hui dans les villages et le long du fleuve.

Cette page est un guide de synthèse à l’histoire de la vallée. Pour les villages et forteresses individuels, voyez les pages dédiées.

Préhistoire et protohistoire

Des traces de présence humaine remontent au moins au Néolithique, vers 6000 av. J.-C., avec des grottes habitées documentées sur le territoire de Castiglione di Sicilia. La vallée, fertile et riche en eau, était un corridor naturel entre les pentes de l’Etna et la côte.

À l’époque protohistorique se développent les premières implantations en hauteur : certaines forteresses en position défensive (par exemple celle qui deviendra Castel Leone, à Castiglione) ont des fondations protohistoriques.

Les Grecs et Naxos (734 av. J.-C.)

En 734 av. J.-C., selon la tradition, des colons venus de Chalcis en Eubée fondent à l’embouchure de l’Alcantara la colonie de Naxos, première fondation grecque en Sicile. Le choix de Capo Schisò (proche de l’actuel Giardini-Naxos) s’explique par la présence d’un port naturel et la possibilité de pénétrer à l’intérieur en suivant la vallée du fleuve.

Naxos devient une tête de pont pour l’hellénisation de la Sicile orientale et fonde à son tour d’autres colonies (Lentini, Catane). Le fleuve, cité par Thucydide au Vᵉ siècle av. J.-C. sous le nom d’Achesines, est l’un des pôles de l’identité géographique de la Sicile grecque.

Romains et Antiquité tardive

Sous les Romains, la vallée est une zone agricole romanisée, avec des villas rustiques et des infrastructures routières. Probablement à l’époque romaine est construit le pont à plusieurs arches à l’embouchure qui donnera plus tard son nom arabe au fleuve.

Dans l’Antiquité tardive, la vallée se christianise. À cette phase appartient la première strate des cubes byzantines.

Byzantins et monachisme basilien (Vᵉ-VIIIᵉ siècle)

Entre le Vᵉ et le VIIIᵉ siècle, durant la phase byzantine, la Sicile entre dans l’orbite du monachisme oriental. Les communautés basiliennes (moines suivant la règle de Saint Basile) s’installent dans des lieux retirés et fondent de petites églises à plan central : les cubes.

La Cuba bizantina di Santa Domenica, près de Castiglione di Sicilia, est l’une des mieux conservées de Sicile. Plan carré, coupole intérieure, construction en pierre de lave locale. C’est un petit joyau qui raconte une phase peu visible mais importante de l’histoire sicilienne.

Arabes : le pont et le nom (IXᵉ-XIᵉ siècle)

Au IXᵉ siècle, la Sicile passe sous domination arabe. La conquête est progressive et accidentée, mais elle apporte de profondes transformations :

  • nouvelles cultures (agrumes, mûriers, riz, canne à sucre) ;
  • systèmes avancés d’irrigation ;
  • une nouvelle organisation du territoire ;
  • et, surtout pour nous, le nom du fleuve : al-Qanṭara, le pont, en référence au pont romain encore debout près de l’embouchure.

Le toponyme arabe se fond dans le paysage et survivra à toutes les dominations suivantes.

Normands : châteaux et villages (XIᵉ-XIIᵉ siècle)

En 1061, les Normands commencent la conquête de la Sicile. Pour la vallée, c’est une époque décisive :

  • construction de châteaux ou refondation sur des structures préexistantes (Calatabiano, Castiglione, Francavilla, Randazzo) ;
  • naissance ou consolidation des villages médiévaux que nous reconnaissons aujourd’hui ;
  • réorganisation administrative du territoire ;
  • coexistence entre chrétiens latins, grecs, juifs et musulmans tout au long du XIIᵉ siècle.

C’est la période où prend forme le système des châteaux de la vallée, encore lisible aujourd’hui dans le paysage.

Souabes et Aragonais (XIIIᵉ-XVᵉ siècle)

Sous Frédéric II de Souabe (XIIIᵉ siècle), Castiglione di Sicilia devient ville royale avec droit de battre monnaie, un privilège rare qui en témoigne l’importance. Randazzo est étape de la cour itinérante.

Avec les Aragonais, à partir de 1282, les châteaux sont encore fortifiés et adaptés aux nouvelles techniques de guerre. La vallée reste un corridor stratégique entre la côte et l’intérieur, mais c’est aussi une zone agricole productive.

Époque moderne : agriculture et « découverte » des Gorges (XVIᵉ-XIXᵉ siècle)

Pendant une grande partie de l’époque moderne, la vallée vit principalement d’agriculture : vignobles, oliveraies, agrumeraies, noiseraies. Les villages croissent et se stabilisent sous les formes que nous pouvons encore admirer aujourd’hui. La grande noblesse sicilienne possède des fiefs dispersés dans la vallée.

Les Gorges de l’Alcantara sont « redécouvertes » comme phénomène naturaliste et objet d’étude scientifique au XVIIIᵉ siècle. Naturalistes, géologues puis les premiers touristes d’élite commencent à les rejoindre.

En 1693, le grand séisme qui dévaste la Sicile orientale touche aussi une partie de la vallée. Certains villages (surtout dans la basse vallée) en souffrent lourdement. Le séisme de 1818 laisse également des traces.

Époque contemporaine (XXᵉ-XXIᵉ siècle)

Le XXᵉ siècle voit l’industrialisation minimale de la vallée et l’émigration, communes à de nombreuses zones intérieures de la Sicile. Les chemins de fer (la Circumetnea en particulier) relient Randazzo à Catane et changent la mobilité.

Dans les années 1970 et 1980 naît une attention progressive environnementale :

  • études géologiques sur les gorges ;
  • recensement de l’avifaune ;
  • premières formes de protection.

Parc Fluvial de l’Alcantara (2001)

En 2001, une loi régionale institue le Parc Fluvial de l’Alcantara, en remplacement de la précédente réserve. Le parc protège le bassin du fleuve sur le versant nord de l’Etna et s’articule en :

  • siège administratif à Francavilla di Sicilia ;
  • centre de recherche, formation et éducation environnementale à Castiglione di Sicilia ;
  • un réseau de sentiers, géosites et projets de valorisation intégrée.

Le parc est aussi un nœud pour le tourisme durable et pour les activités dans la vallée : du trekking fluvial au cyclotourisme, de la didactique naturaliste au tourisme œnogastronomique (Etna DOC).

L’histoire que vous voyez

En vous promenant dans la vallée aujourd’hui, vous reconnaîtrez cette stratification dans des détails concrets :

  • le pont à Capo Schisò qui rappelle l’origine du nom ;
  • les basolati romains sur certains tronçons des vieux sentiers ;
  • la Cuba di Santa Domenica byzantine ;
  • les châteaux de Calatabiano, Castiglione, Francavilla, Motta, Randazzo ;
  • les villages médiévaux en pierre de lave ;
  • les vignobles Etna DOC, héritiers d’une agriculture séculaire ;
  • les sentiers du Parc fluvial qui cousent l’ensemble.

Pour aller plus loin

Fertile et riche en eau, la vallée est un corridor naturel entre l'Etna et la côte. Des grottes habitées sont documentées sur le territoire de Castiglione di Sicilia.

↳ On le voit encore aujourd'hui: les grottes et abris dans la roche de lave des versants.

Des colons de Chalcis débarquent à Capo Schisò, à l'embouchure, et fondent Naxos. Elle devient la tête de pont de l'hellénisation de l'île. Thucydide nomme le fleuve Achesines.

↳ On le voit encore aujourd'hui: l'aire archéologique de Naxos à Giardini-Naxos.

Villas rustiques et routes. Un pont à plusieurs arches est sans doute bâti près de l'embouchure à l'époque romaine : il disparaîtra, mais laissera le nom qu'utiliseront les Arabes.

↳ On le voit encore aujourd'hui: des tronçons de dallage le long de vieux sentiers.

Les communautés basiliennes fondent des églises à plan central, les « cube », en pierre de lave. La Cuba di Santa Domenica, près de Castiglione, est une des mieux conservées de Sicile.

↳ On le voit encore aujourd'hui: la Cuba byzantine de Santa Domenica.

La domination arabe apporte agrumes, mûriers, riz et une irrigation avancée. Et surtout le nom du fleuve, al-Qanṭara, d'après le pont romain subsistant. Le toponyme survit à toutes les dominations suivantes.

↳ On le voit encore aujourd'hui: les agrumeraies du fond de vallée, héritage de cette agriculture.

Dès 1061, les Normands bâtissent ou refondent les châteaux de Calatabiano, Castiglione, Francavilla et Randazzo. Tout au long du XIIe siècle cohabitent chrétiens latins et grecs, juifs et musulmans.

↳ On le voit encore aujourd'hui: le système des châteaux, encore lisible dans le paysage.

Sous Frédéric II, Castiglione devient ville royale avec droit de battre monnaie. Randazzo est une étape de la cour itinérante. Dès 1282, les Aragonais adaptent les châteaux aux nouvelles guerres.

↳ On le voit encore aujourd'hui: les vestiges de Castel Leone au-dessus de Castiglione.

La vallée vit de vignes, oliviers, agrumes et noisetiers. Au XVIIIe siècle, naturalistes et premiers touristes redécouvrent les gorges comme phénomène géologique. Les séismes de 1693 et 1818 marquent les villages.

↳ On le voit encore aujourd'hui: les centres historiques du XVIIIe siècle et les vignes anciennes.

Pendant la guerre de la Quadruple-Alliance, Espagnols et Autrichiens s'affrontent à Francavilla di Sicilia : une des pages militaires qui traversent la vallée.

↳ On le voit encore aujourd'hui: Francavilla et les ruines de son château.

Une loi régionale institue le Parc Fluvial de l'Alcantara, dont le siège est à Francavilla di Sicilia et le centre de recherche à Castiglione. Il protège le bassin et gère sentiers, géosites et tourisme durable.

↳ On le voit encore aujourd'hui: le réseau de sentiers et géosites qui relie la vallée.

Questions Fréquentes

Que signifie le nom Alcantara ?

Le nom dérive de l'arabe al-Qanṭara, 'le pont', et fait très probablement référence à un ancien pont à plusieurs arches d'époque romaine qui se trouvait près de l'embouchure, dans la zone de l'actuel Giardini-Naxos. Le toponyme arabe s'est ensuite consolidé à l'époque normande et est arrivé jusqu'à nous.

Qui ont été les premiers habitants de la Vallée de l'Alcantara ?

Des traces de présence humaine remontent au moins au Néolithique, vers 6000 av. J.-C., avec des grottes habitées dans la zone de Castiglione di Sicilia. Mais l'histoire urbaine commence avec les Grecs de Naxos, qui en 734 av. J.-C. fondèrent la première colonie grecque de Sicile à l'embouchure du fleuve.

Qu'est-ce que les cubes byzantines ?

Les 'cubes' sont de petites églises à plan cubique remontant typiquement à la période byzantine (Vᵉ-VIIIᵉ siècle) et liées à la diffusion du monachisme basilien en Sicile. Construites en pierre locale (souvent volcanique dans la vallée), elles ont une structure essentielle avec coupole intérieure. La Cuba di Santa Domenica, près de Castiglione, est l'une des mieux conservées.

Quand les châteaux de la vallée ont-ils été construits ?

La plupart des châteaux connaissent une première fondation byzantine ou tardo-antique, une refondation normande au XIᵉ-XIIᵉ siècle et une consolidation souabo-aragonaise entre le XIIIᵉ et le XVᵉ siècle. Calatabiano, Castiglione, Francavilla et Randazzo suivent tous ce schéma avec des variantes locales.

Quand a été institué le Parc Fluvial de l'Alcantara ?

Le Parc Fluvial de l'Alcantara a été institué par loi régionale en 2001, en remplacement de la précédente réserve. Il protège le bassin du fleuve sur le versant nord de l'Etna, avec son siège administratif à Francavilla di Sicilia et son centre de recherche/éducation à Castiglione.

Sources et vérifications

Dernière vérification: 4 mai 2026